Vivre après un cancer

« Les personnes malades ne sont pas des êtres exceptionnels. Ce sont les expériences qu’elles traversent qui sont hors du commun ».
« Il y a bien une étape, une vie « après » les traitements et le retour à une vie que l’on peut juger, ou non, « normale pour soi » ».

Il y a autant de manières de vivre un cancer dans sa chair qu’il y a des personnes touchées.

La maladie peut constituer une rupture profonde et douloureuse avec la vie d’avant, sans possible retour arrière. Le rapport à la médecine a été douloureux : transformations du corps, du visage, parfois de l’humeur ou du caractère sont sources de souffrance. Parfois déception de la reconstruction mammaire, multiplicité et complexité des interventions chirurgicales.

Le motif de vie bouleversé est dominé par l’importance des aspects médicaux et par l’expérience du corps, marqué par les effets secondaires, les séquelles, la persistance de la fatigue, voire la douleur.

L’absence d’espoir et l’impossibilité d’envisager l’avenir constituent un obstacle à la reprise d’une vie considérée comme normale et satisfaisante. Se projeter dans l’avenir constitue un défi insurmontable.

L’après traitement est le point de départ d’une vie certes nouvelle, mais qui est aussi propre à la personne et dont, à la différence de la vie bouleversée, elle est le sujet. Cette reconstruction s’illustre par une certaine réévaluation des valeurs personnelles, voire dans l’affirmation de valeurs inédites. Elle peut conduire à des choix et des changements existentiels importants.

À la différence du motif de vie bouleversé, il n’y a pas de traumatisme. Malgré des traitements parfois lourds à l’origine d’effets secondaires importants, l’existence n’est pas figée. Le traitement apparait comme une « étape » terminée, surmontée et dépassée « C’est passé ». La maladie a été intégrée à la vie et l’a en partie transformée

L’expérience de la maladie semble avoir produit une prise de conscience de la vulnérabilité et de la finitude et une remise en question de l’existence. Une vie transformée revient à prendre de la distance avec certains devoirs sociaux, professionnels ou familiaux, à redéfinir des priorités, à profiter de la vie, ralentir le rythme…

C’est revivre presque comme avant.

La maladie a été en quelque sorte une mise à l’épreuve de soi à l’issue de laquelle les valeurs et les liens ont été confirmés, voire approfondis : couple, famille, parcours professionnel, maison, relations amicales…

La trajectoire de vie est linéaire : elle a été ébranlée, mais elle a repris son cours. L’expérience de la maladie et la fragilité de la vie confirment les femmes dans ce qu’elles étaient et les amènent à valoriser et à renforcer les liens avec leurs proches.

Dans ce motif de vie, il s’agit de « vivre sa vie en propre », de l’accomplir et de s’épanouir.  

L’activité est orientée vers l’affirmation de soi aux yeux des autres du fait d’une maladie qui a obligé à distinguer l’important de l’accessoire, au premier rang desquels se trouvent la santé et la qualité de vie.

Une caractéristique de ce motif est la stricte observance aux prescriptions médicales, une totale confiance envers les traitements, des jugements positifs sur les médecins, l’hôpital.

Le traitement est passé et surtout le cancer n’est pas/plus le problème principal : âge, autres pathologies, solitude, autres drames. Le cancer est moins grave que d’autres évènements vécus (notamment décès du conjoint, d’enfants…).

3 variantes dans la manière de continuer son chemin :

Le cancer considéré d’emblée comme curable, ni séquelle, ni symptôme. Prise en charge OK.

L’advenue d’un cancer s’inscrit dans le vieillissement et en constitue un des signes « c’est comme ça, c’est la vie ». Cependant, même si la survenue d’un cancer est considérée comme prévisible, elle vient altérer, diminuer et compliquer une vie déjà fragilisée et réduite.

« savourer, apprécier les bons moments, la chance d’en être sortie… »

Sources : Vivre après un cancer / Favoriser le soin de soi. JC Mino (Médecin chercheur au sein du département Soins de Support de l’Institut Curie à Paris) et Céline Lefève (Maître de conférence en philosophie de la médecine à l’Université Paris Diderot)

Avec le soutien institutionnel du Laboratoire Lilly.

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